
par Pascal Glajean, président du FROM Sud-Ouest – 7/09/2026
Je ne suis pas, par tempérament, un habitué des réunions parisiennes. Mon quotidien, c’est celui des criées, des
quais, et mon bureau, ce sont les pertuis charentais. Mais depuis que j’assume la présidence du FROM Sud-Ouest,
j’ai appris à comprendre l’écosystème des pêches françaises, convaincu qu’une organisation de producteurs ne
pèse que si elle s’investit pleinement dans son fonctionnement, jusque dans ses aspects les plus institutionnels.
C’est avec cette conviction, et au nom des 120 entreprises de pêche qui forment notre coopérative, que je souhaite
m’exprimer aujourd’hui.
Les pêcheurs ont l’habitude de travailler dans l’incertitude. C’est le lot de ce métier depuis toujours : la météo, la
disponibilité des ressources, les marchés. Nous savons composer avec ce qui nous échappe. Mais ce qui fragilise
aujourd’hui un peu plus une filière déjà en grande difficulté ne relève pas seulement de ces facteurs externes, ni
même du seul contexte géopolitique qui pèse sur nos économies. Ce sont des orientations politiques récentes,
prises à Paris ou à Bruxelles, qui inquiètent profondément car elles ne reflètent aucune vision stratégique pour
notre secteur pourtant déjà fragilisé de toutes parts.
Je pense en particulier à ces évolutions erratiques des règles de répartition des quotas qui, sous couvert de
meilleurs équilibres ou d’écoute du terrain, privilégient en réalité les minorités les plus bruyantes au détriment des
structures reconnues, alors que celles-ci organisent la profession, portent la gestion collective et assument leurs
responsabilités depuis des décennies. Céder aux revendications des plus audibles en traitant de cas particuliers,
plutôt que de répondre aux besoins de la filière, n’est pas une politique des pêches ; c’est l’aveu qu’il n’y en a pas.
Dans le même temps, des attentes légitimes des professionnels que je représente restent sans réponse. Où en est
le plan de sortie de flotte pour la pêcherie de civelle, alors que se profile une nouvelle baisse du quota malgré des
indicateurs encourageants de rétablissement de la population ? Pourquoi l’accès à une pêcherie de raie brunette,
qui permettrait pourtant de diversifier des activités fragilisées, reste bloqué ? Quelles actions pour remédier à la
fragilisation du stock de sole, très impacté par la dégradation de la santé du milieu ?
Autre exemple d’incohérence : le renouvellement de la flotte est une priorité assumée, objet central de chaque
discours en France ou à Bruxelles. Mais sur le terrain, des dossiers de constructions ou de modernisation sont
bloqués, confrontés aux méandres du fonctionnement administratif ou à des renoncements politiques répondant
à des critères flous. De quoi annihiler les velléités d’investissement des pêcheurs les plus optimistes.
Face à cela, une seule réponse tient sur la durée : une réelle vision de long terme. Une politique des pêches ne
peut pas se construire au gré des pressions du moment, ni se limiter à une gestion biologique des ressources, aussi
indispensable soit-elle. Elle doit intégrer pleinement sa dimension humaine. Je souhaite que la politique commune
des pêches évolue vers un axe socio-économique beaucoup plus marqué, qui reconnaisse que derrière chaque
quota, chaque licence, chaque tonne débarquée, il y a des entreprises, des équipages, des familles et des territoires
qui dépendent de cette activité.
Cela suppose de conforter le rôle des organisations de producteurs, échelon le plus pertinent pour organiser, au
sein des communautés de pêcheurs, une gestion collective et responsable des droits de pêche adaptée aux
disponibilités de la ressource, dans un cadre garantissant à chaque entreprise une visibilité sur ses droits de pêche.
Une exigence plus forte sur les critères de reconnaissance doit garantir leur représentativité, leur fonctionnement
et leur gouvernance pour porter cette responsabilité sur la durée.
Le FROM Sud-Ouest est fort de la compétence de son équipe et de l’investissement de ses membres. Cette
rigueur, dans la qualité de notre travail quotidien, ne doit pas être sacrifiée au service des demandes particulières
et opportunistes. C’est une politique des pêches européennes et une vision stratégique nationale dignes de ce nom
que j’attends, pas une gestion au coup par coup qui affaiblit un peu plus, chaque jour, ceux qui la font vivre.
Pascal Glajean, Président du FROM Sud-Ouest
